Bertrand Caloz, qu’attendez-vous du projet ma plaine?

Pour le secteur que je représente, il est fondamental de participer à ce projet de valorisation de la plaine du Rhône entre Sierre et St-Léonard, car il en va de l’avenir de notre outil de travail. Il faut savoir que la 3e correction du Rhône va en partie se réaliser sur des terres agricoles. Selon les responsables du projet cantonal Rhône 3, environ 400 hectares de surface agricole devraient ainsi disparaître. Or, toute perte de surface d’exploitation provoque des baisses importantes de revenu. Au-delà de 5% de réduction de surface, les exploitations voient leur viabilité mise en danger. Une diminution de 10% provoque en règle générale des pertes de revenu supérieures à 20%; à ce niveau-là de perte, l’exploitation est vouée à disparaître si des mesures structurelles ne sont pas prises. Il s’agit, dans le cadre du projet ma plaine, de trouver des solutions qui permettent à l’agriculture régionale de subsister malgré tout.

 

Quelles solutions sont-elles discutées dans le cadre de ma plaine? Qu’attendez-vous de ce projet?

La politique agricole fédérale exige des exploitations performantes et concurrentielles. Sans cet effort de rationalisation, elles n’ont guère de chance de survie et elles sont de moins en moins nombreuses d’ailleurs. Le projet ma plaine doit contribuer à préserver cette possibilité de produire de manière performante. Pour ce faire, nous avons besoin de terrains réservés à la culture intensive. Au cours des séances de travail avec les autres partenaires du projet, nous avons défini sur le plan l’emplacement des zones agricoles intensives. Des projets d’amélioration foncière intégrée (AFI), comme par exemple la mise en place de drainages, l’amélioration des accès, l’extansion de réseaux d’irrigation sont également proposés et feront partie des mesures compensatoires aux pertes de surfaces agricoles.

 

L’agrotourisme, une opportunité de promouvoir les produits régionaux?

Dans notre magnifique région, le tourisme et l’agriculture doivent être en synergie, et c’est l’un des intérêts du projet ma plaine que de réunir autour d’une même table des représentants des divers domaines concernés. Tourisme et agriculture sont deux richesses avec lesquelles l’agriculteur doit jouer. L’agrotourisme, par l’accueil et la vente à la ferme, permet à l’agriculteur de mettre en valeur ses produits et des modes de faire respectueux de l’environnement.

 
 

Les arboriculteurs sont des acteurs importants dans cette portion de plaine…

L’arboriculture, la pomme surtout, est la principale culture de la région. Et sur le plan suisse, notre apport est loin négligeable puisque 3% de la production de pommes du pays provient de la région sierroise. A noter qu’une grande partie de la production fruitière de la région est commercialisée par la coopérative Agrol, un instrument dans lequel les agriculteurs de la région ont investi pour écouler leur production.

D’autre part, en ce qui concerne la 3e correction du Rhône, les agriculteurs sont propriétaires de la grande partie des terrains concernés. Il y a donc dans toute cette problématique, Rhône et ma plaine, des aspects fonciers à régler avec eux.

 

Comment jugez-vous l’ambiance au sein du projet ma plaine; avez-vous le sentiment d’être entendu?

L’ambiance est très agréable, constructive, et j’ai l’impression d’être entendu et compris. Mais on demande tout de même beaucoup aux agriculteurs: des pistes cyclables ou encore des liaisons biologiques à l’intérieur de zones agricoles intensives, ce n’est pas évident. Je l’ai dit, aujourd’hui, les exigences sont très élevées pour rester compétitifs. Il faut plutôt profiter des zones non vouées à l’agriculture intensive évoquées pour de tels aménagements.

 

Pourquoi l’agriculture doit-elle avoir sa place dans la plaine de demain?

C’est un outil de travail qui fait vivre des gens de cette région, et le maintien d’une arboriculture intensive garde tout son potentiel de production dans la région. Il faut rappeler que, sans agriculture locale, pas de produits du pays, mais des denrées dont on ignore souvent dans quelles conditions elles ont été produites. D’autre part, le transport de ces produits venus d’ailleurs a un coût écologique. Autrement dit, une plaine où il fait bon vivre, c’est un endroit où on peut consommer des produits avec des garanties de qualité.