ma plaine: «La démarche sierroise peut servir de modèle ailleurs»
Par Geneviève Zuber, dimanche 4 février 2007 à 11:11 :: General :: #5 :: rss

Thierry Largey, qu’attendez-vous de ma plaine?
J’attends une véritable collaboration entre les différents milieux concernés, qui débouche sur un développement harmonieux de la plaine du Rhône entre Sierre et St-Léonard. Autrement dit un développement concerté qui tienne compte tant des zones à bâtir que des zones agricoles et de la nature. Jusqu’à présent, chacun était centré sur ses propres intérêts, que ce soient les communes, les milieux économiques, ceux de la l’agriculture ou nous-mêmes qui représentons la nature. On défendait chacun son pré carré, on ne se rencontrait presque jamais, ce qui n’était pas très fructueux. Avec ma plaine, on travaille ensemble, et cela, c’est nouveau.
Qu’attendez-vous particulièrement pour le secteur nature?
Nous espérons surtout pouvoir recréer des liaisons biologiques le long du fleuve. Nous ne voulons pas aménager de nouvelles réserves naturelles, mais mettre en lien des pôles déjà existants. Le territoire concerné par le projet régional ma plaine, entre St-Léonard et Sierre, est balisé par deux importants points «nature»: Pouta Fontana à l’ouest et Finges à l’est. Entre les deux, on peut recréer des réseaux en activant des points-relais, comme Crête Lietin (Granges). Les canaux sont les premiers vecteurs, car ils permettent des liaisons par voie humide, mais aussi terrestre grâce à leurs berges et talus.
Il faudrait un réseau composé d’une liaison est-ouest entre Pouta Founta et Finges et de deux ou trois liaisons nord-sud, par exemple le long du canal de Réchy.
Pourquoi ces liaisons biologiques sont-elles importantes?
Pour éviter que des oiseaux, des insectes ou des mulots pour ne citer qu’eux se retrouvent isolés sur un biotope, bosquet ou marais par exemple. Car si les biotopes sont trop petits, les espèces risquent de disparaître à terme. Avec des liaisons biologiques suffisantes, les échanges génétiques sont possibles, les espèces peuvent émigrer et se développer dans d’autres sites et les milieux qui les accueillent peuvent ainsi se diversifier. On sait combien les espèces sont interdépendantes: s’il n’y a plus d’insectes, ce sont les fleurs qui disparaissent…
Une nature diversifiée, c’est un paramètre important pour la qualité de vie. Une plaine où il fait bon vivre, c’est une plaine où l’offre en nature, en balades est attrayante. Il n’y a qu’à voir le nombre de personnes venant observer la population des oiseaux de Pouta Fontana.
Quelle est l’ambiance au sein des groupes de travail de ma plaine?
Les débuts ont été difficiles car, comme je l’ai dit plus haut, les gens ne sont pas habitués à travailler ensemble et ont souvent des a priori forts au sujet des autres partenaires. En tant que spécialistes d’un domaine ou d’un autre, nous maîtrisons tous notre sujet, mais nous ne connaissons pas forcément les besoins des autres.
Un exemple: on imagine parfois que la création de liaisons biologiques va être très lourde et déboucher sur des bandes «vertes» de plusieurs dizaines de mètres le long du fleuve. Or, selon les endroits, ces liaisons peuvent emprunter les talus des canaux, des talus qui pourront être fauchés en tenant compte des besoins de l’agriculture.
Il y avait donc, et il y a toujours en partie, cette méconnaissance mutuelle, et cette inexpérience de la démarche vaut aussi pour nous, milieux de la nature. Mais une étape importante a été franchie lors du week-end de travail qui a réuni en 2006, tous les participants au Château Mercier. Cela a été un tournant: nous nous sommes apprivoisés et avons progressé dans cette démarche commune.
Pour accompagner le chantier cantonal de la 3e correction du Rhône, les autres régions du Valais élaborent ou vont également élaborer des projets de valorisation de leurs portions de plaine respectives. Vous qui avez une vue d’ensemble, comment jugez-vous la démarche sierroise?
Le projet sierrois est le plus avancé. Ses responsables inventent et construisent cette démarche participative au fur et à mesure de l’avancement du projet. Cette démarche a mis plusieurs années à se mettre en place. Aujourd’hui, elle est mieux rôdée, elle donne des fruits, et elle pourrait servir de modèle ailleurs.
Avec l’ouverture du site Internet ma plaine et du blog, il s’agit maintenant d’associer la population au projet ma plaine. Unnouveau tournant?
Effectivement, et il est fondamental. Le chantier valaisan de la 3e correction du Rhône est une possibilité unique de repenser et valoriser la plaine. Seule cette génération a la chance de pouvoir donner son avis. Pas la génération précédente, ni la suivante. Ce n’est de loin pas qu’un projet d’ingénieurs et de spécialistes, et les gens doivent s’approprier le projet.
Un souhait pour la suite?
Nous échangeons beaucoup, nous avançons dans l’apprentissage de la concertation. J’aimerais maintenant qu’on commence à passer à la pratique, aux premières mises en œuvre sur le terrain, tout en tenant compte bien sûr des démarches administratives que cela peut impliquer. Qu’est-ce que la 3e correction du Rhône, ou une liaison biologique? Plutôt qu’un dessin, faisons un essai ensemble!

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