La nature est-elle plus belle quand elle est «naturelle» ou quand elle a été travaillée par l’homme? Placés devant cette alternative, beaucoup choisiront la première solution. Eh bien, qu’ils fassent un tour par l’exposition d’Olivier Lasserre L’art de la terre qui se tient à Sierre en ce moment. Le spectateur y découvre des photos aussi belles qu’étonnantes qui dévoilent une géométrie insoupçonnée des campagnes de la vallée du Rhône, notamment de la plaine valaisanne. Pâturages, vergers, vignes du Valais, terrains de tourbe du canton de Genève, champs d’œillet de la Drôme, parcelles maraîchères d’Avignon, marais salants de Camargue sont autant de sujets marqués par une organisation rigoureuse et puissante que les photos d’Olivier Lasserre révélent au spectateur.

La trace de l'outil

En effet, l’artiste est fasciné par la nature travaillée et mise en ordre par l’homme. «J’aime l’agriculture de plaine, les rythmes, les traces, la rationalité, l’ordre qu’on peut y déceler. Mes images expriment la rationalité du travail agricole, la précision mécanique et répétitive des parallèles... Plus qu'à la végétation, je m'intéresse à la trace de l'outil dans le sol, à la préparation de la terre maraîchère, à l'empreinte géométrique du rouleau, à la couverture translucide des jeunes semisCet ordre et ces éléments apparaissent en particulier lorsqu’on survole les monocultures, si souvent décriées. Pourtant, cette volonté des hommes de rationaliser leur travail afin de disposer de temps pour autre chose permet l’émergence de formes belles.

Etonnante géométrie des cultures
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Pomme de terre, maïs, herbe. En haut, pommes de terre sur buttes et arbuste. En bas, semis de maïs séparés par une bande herbeuse. Sol tourbeux. Chiètres, Fribourg)
C’est cette beauté que Lasserre fixe dans ses clichés pris à basse altitude et à la verticale des cultures. «Je cherche à mettre en relation la forme rectangulaire des parcelles cultivées et la rationalité orthogonale de la feuille de papier sur laquelle je fixe la photo.» Sous l’objectif du photographe, la répétition rigoureuse des lignes et des motifs devient tissage, tapis, tapisserie, écriture, texte. Plusieurs clichés exposés évoquent d’ailleurs kilims. Chaque terrain laisse apparaître sa géométrie propre, sa cohérence dans des compositions souvent monochromes marquées par l’horizontalité, et qui forment de splendides camaïeux, ces peintures où l’on n’emploie qu’une couleur avec des tons différents. Comme le dit le photographe: «Regardez bien: le travail des hommes révèle les formes et la beauté de la nature.»


Jeunes cerisiers. Plantation en carrés de 8 mètres sur sol nu. Lacoste, Vaucluse.


L’art de la terre, Olivier Lasserre. Du 27 avril au 2 septembre. Caves de Courten, Sierre.
 
Ouvert du ma au sa, de 15h à 19h, di de 14h à 18h