Le pourquoi d’un livre

Les trente dernières années ont connu un regain d’intérêt pour l’histoire des fleuves. Le livre de J. Rossiaud s’inscrit dans ce contexte. Loin d’être immuable, un fleuve est un acteur qui se transforme dans sa chair, dans ses fonctions, dans son statut. Et l '« l’homme, qui lui a donné un nom, participe à ces métamorphoses, tant par ses actes que par ses discours. Aujourd’hui où les projets de renaturation des cours d'eau se multiplient, il importe d’avoir une vision globale du fleuve, dans ses dimensions naturelles (le cours d’eau en tant que tel) et culturelles (les villes et les territoires riverains). Pour l’historien, « l’ouverture vers l’avenir doit se fonder sur une mémoire. Encore faut-il donner de celle-ci une traduction fidèle à sa complexité. ». Car l’identité du fleuve tient à la fois à la nature qui l’entoure et à l’histoire qui le traverse. « Un fleuve comme un terroir est une œuvre de l’homme, un assemblage de mythes. »

Un parcours en quatre étapes

Le livre propose un parcours en quatre parties. La première présente un portrait du Rhône au Moyen Age, avec le système de communication qui l’entoure et les villes qui jalonnent son cours. Les grandes activités économiques sont passées en revue (commerce du sel, du blé et du bois), ainsi que les migrations, le Rhône ayant été une des grandes voies de pèlerinage. St-Maurice d’Agaune en Valais était d’ailleurs un haut lieu de dévotion.

La deuxième partie nous fait découvrir l’univers de la batellerie et ses activités. Le Rhône a connu de nombreux aménagements destinés à assurer sa navigabilité. L’activité des bateliers a aussi déterminé toute une série de réponses aux questions de gestion des eaux, d’administration des ports, d’organisation des villes autour du fleuve.

Les livres trois et quatre sont sans doute les plus passionnants de cette étude. Ils nous montrent la vie quotidienne, leurs entreprises, l’organisation de la vie pour faire face à la dureté des temps. Dans cet univers, les confréries occupent une place importante et l’auteur en dresse un portrait détaillé. Naissance, baptême, mariage, place des femmes dans cette société fluviale sont aussi peints. Mais l’auteur s’arrête aussi aux solidarités entre mariniers, à leur langue, aux sobriquets nés du fleuve. La dernière partie explore les mythes du Rhône, la représentation et l’omniprésence du sacré (et le Rhône est lié à la représentation des quatre fleuves du jardin d’Eden), l’effroi provoqué par la montagne dans une culture qui n’est encore guère sensible à l’attrait des paysages sauvages.

Au final, c’est le portrait d’une région et d’une époque pleines de vie, ouvertes sur le monde: le Rhône est vu comme «un espace ouvert, de caractère européen (…) accueillant aux étrangers et enrichi de leurs rencontres». L’actuelle réflexion sur le Rhône peut s’enrichir de la connaissance de ces époques et de leurs représentations.

ROSSIAUD, Jacques. Le Rhône au Moyen Age. Histoires et représentations d’un fleuve européen. Aubier, 2007. 648 p.